La main de Cicéron

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Facade maison main Ciceron

Sur un des côtés du Circo Massimo, l’ancien stade de courses de chars, il y a une vieille rue appelée via dei Cerchi dans laquelle vous pourrez voir une maison à la façade exubérante et baroque qui ne manquera pas de vous surprendre.

L’histoire de cette rue
Le nom de cette rue a évolué au fil des ans. A l’origine elle s’appelait Via del Circo Massimo, elle a ensuite été appelée Via del Cerchio (cercle) pour enfin devenir Via dei Cerchi. La rue suit un très ancien sentier appelé « vicus Consinius », en souvenir du culte antique de l’autel enterré du dieu Conso, protecteur des greniers et des provisions.
La voie a probablement été ouverte à la viabilité lors du pontificat du pape Sixte V afin de permettre le transfert des deux obélisques, jadis placés sur l’épine du Circus Maximus, vers les Piazza del Popolo et de San Giovanni in Laterano.
Au milieu du XIXème siècle, plus précisément en 1853, la rue devint le siège du premier atelier de la « Società Anglo-Romana per l’Illuminazione a Gas della Città di Roma ». Le service a débuté le 1er janvier 1854 conjointement avec le deuxième atelier situé près de la Piazza del Popolo. Ces deux ateliers ont assuré la distribution du gaz jusqu’en 1910, date de mise en service du Gazometro sur la Via Ostiense.
Malheureusement, à Rome, la Via dei Cerchi était également tristement célèbre parce qu’elle avait été choisie, avec la Piazza di Ponte Sant’Angelo et la Piazza del Popolo, pour des exécutions capitales. C’est dans cette rue qu’a eu lieu la dernière condamnation à mort prononcée par l’État pontifical, le 24 novembre 1868.

Une façade baroque
Vers le milieu de la rue, vous remarquerez quelques vieux bâtiments sur la droite. Parmi eux, il y a un bâtiment bizarre avec une façade plate, allongée telle un masque et décorée comme un gâteau avec une corniche en œuil-de-bœuf et en son sommet une grande main avec l’index pointant vers le ciel. La même main étant d’ailleurs reproduite entourée de boucles baroques sur le cadre d’une des fenêtres.
Aujourd’hui, à l’ombre de cette façade de pierre construite à la fin du XVIIème siècle, se trouvent les moines Olivetani de Sienne et le couvent de Santa Anastasia, ancienne église que vous pouvez trouver juste derrière. Mais dans le passé, le Palatin, était la colline avec les palais des empereurs romains et a appartenu à la famille Farnèse et notamment à Alessandro, neveu du pape Paolo III qui a transformé cette partie de la colline en potagers. On peut d’ailleurs voir la fleur de lys, symbole des Farnese, dans les décorations.

La main de Cicéron
Main de CiceronUne légende raconte que cette main ne représente qu’un plâtre, dont l’original a été perdu. C’était probablement un ex-voto conservé dans la chapelle de Santa Maria de Manu, une église qui avait été détruite. Jusqu’au XVIème siècle, la main était encore dans l’édifice sacré et on dit que le peuple romain l’appelait « la main de Cicéron ». Cela s’explique par le rôle primordial que Cicéron a occupé dans le monde politique et dans la conscience collective après avoir sauvé la république.
Il existe plusieurs versions de la fin tragique de Cicéron. Selon l’histoire de Plutarque, Cicéron aurait été tué sur sa propriété sous les coups d’Erennio. Sur les ordres d’Antonio, « la tête et les mains avec lesquelles il avait écrit les Philippines » ont été coupées. Tito Livio, historien latin, dans son Histoire de la République romaine, nous apprends que la tête de Cicéron a été exposée sur le podium avec la main droite. Cassio Dione, dans son Histoire romaine, fait également référence à la tête et à la main droite. Enfin, selon Appiano, comme dans la Mort de Cicéron dans Plutarque, seule la main droite aurait été coupée.

Il semble acquis que Cicéron s’est fait couper la main droite. Pour autant, il n’y a pas suffisamment d’éléments permettant d’affirmer que cette main avec l’index pointant vers le ciel représente la main de Cicéron. Mais que cela ne vous empêche pas, si vous passez dans cette rue, de vous arrêter et de découvrir cette façade pour le moins étonnante.