Souvenir : les pavés de la mémoire à Rome

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    Le 27 janvier, c’était la journée de la mémoire.

    Nous voulions vous faire partager l’initiative menée depuis plusieurs années par l’artiste allemand Gunter Demnig. Dans les années 90, alors qu’une personne lui soutenait que les Roms n’avaient jamais vécu à Cologne, et donc n’avaient pu en être déportés, Dennig eut l’idée de matérialiser l’existence de ces hommes et femmes qui avaient été déportés puis assassinés dans un camp de la mort, parce qu’ils étaient juifs, Roms, membres de la Résistance, homosexuels, témoins de Jéhovah, chrétiens en opposition au régime nazi ou handicapés.

    Par un cube, dé de métal ou de béton, de 10 cm sur 10 cm couvert d’une plaque de laiton et encastré dans le sol devant les maisons où ils habitaient, il témoigne de leur existence et d’une réalité qu’on ne doit pas oublier. Sur la plaque de laiton est gravé : « ici habitait » suivi du nom, de l’origine, de la date de naissance, de la date et du lieu du décès de la personne. En Allemand, ces pavés s’appellent Stolpersteine, littéralement  pierres sur lesquelles on peut trébucher, en italien pietre d’inciampo (pierres de la gêne) en français, pavés de la mémoire.

    Ce sont plus de 40 000 pavés aujourd’hui qui ont été déposés dans toute l’Europe depuis 1995. En Italie, Gênes, L’Aquila, Prato, Sienne, Bergame, Brescia, Ravenne, Venise ont leurs pietre d’inciampo. L’année prochaine, Turin en aura également.

    A Rome ce sont 191 sampietrini (les pavés romains), couverts de laiton, qui ont été installés lors des quatre éditions précédentes de «Memorie d’inciampo a Roma». Cette année, l’artiste en a ajouté 15, les 13 et 14 janvier dernier. Le projet, soutenu par de nombreuses associations et musées, est mené par Arte in Memoria, sous le patronage du Quirinal et de la communauté hébraïque.

    Ces petits pavés, par leur modestie et parce qu’ils font désormais partie du quotidien des Romains, agissent mieux que ne le ferait un grand monument. Rome a connu des horreurs pendant l’occupation nazie et sur ces pavés, on retrouve le noms de déportés juifs ou prisonniers politiques à Auchwitz, Dachau, Mauthausen, Buchenwald, Ravensbrück et Flossenbürg, ou de personnes déportées après la rafle du 16 octobre 1943, ou celle du Quadraro, et on retrouve aussi les noms d’hommes et femmes massacrés aux Fosses Ardéatines, à Forte Bravetta, via Pietralata, au Pont de l’industrie, ou à la Storta.

    Pour ne pas oublier…

    graziadisegni

     

    Vous tomberez peut être sur ces pavés de la mémoire par hasard dans les rues de Rome. Vous pouvez voir leurs emplacements à Rome sur le site www.arteinmemoria.com, et vous retrouverez aussi le nom de ceux qu’ils nous permettent de garder en mémoire.

     

    photos :

    • pose de pavés de la mémoire à Rome par Gunter Demnig (it.wikipedia.org).
    • pavé de la mémoire en souvenir de Grazia Di Segni, déportée après la rafle du 16 octobre 1943. Elle habitait via Reginella, 2 à Rome, dans le ghetto.