Rome : La ville aux 13 obélisques

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Obelisques Pantheon Rome

Ils ont parcouru des milliers de kilomètres dans l’Antiquité pour servir de trophées aux empereurs romains. Après des siècles d’oubli, ils ont séduit les papes de la Renaissance qui les ont utilisés dans le plan d’urbanisme pour signaler de loin aux fidèles l’emplacement des églises de Rome. En s’intéressant à eux, nous avons parcouru quelques siècles de l’histoire romaine, et cela s’est avéré passionnant ! Voici quelques éléments que nous vous faisons partager.

A l’origine, dans l’Egypte Ancienne
L’obélisque a une forme caractéristique : il est constitué d’un piédestal, d’une partie longue quadrangulaire s’amincissant vers le sommet, et d’une pointe finale en forme de pyramide, parce qu’il symbolise un rayon de soleil figé. Les obélisques étaient en effet construits pour rendre hommage au Dieu Atoum-Rê dans la civilisation égyptienne. Ils étaient dressés, soit isolément, soit par paires, à l’entrée ou à l’intérieur des temples dédiés au culte du Soleil.

– Construits en granit, le plus souvent provenant des carrières d’Assouan, ils étaient probablement couverts de feuille d’or…
– Leur nom leur vient du mot grec qui signifie broche ou aiguille.
– C’est le déchiffrage des textes en hiéroglyphes qui les décorent qui ont permis de dater à quelle occasion ils avaient été construits.
– Une cinquantaine d’obélisques en provenance de l’Egypte ancienne ont été retrouvés, dispersés dans le monde entier.

13 obélisques à Rome

A Rome
Rome est la ville où il y a le plus d’obélisques au monde. On en compte 13 aujourd’hui transportés du Ier au IVe siècle depuis les temples d’Égypte ou spécialement fabriqués pour Rome dans les carrières d’Égypte. On en connaît un 14ème qui avait été ramené à Rome mais qui est aujourd’hui à Florence dans les jardins Boboli, où il a été déplacé par les Médicis en 1790. Il y en aurait eu jusqu’à 17 à Rome (et l’un d’eux serait encore enterré près de l’église de Saint Louis des Français).

Obelisque MontecitorioAuguste a été le premier empereur à en ramener puis il a été imité par ses successeurs. Il avait fait venir celui qui se dresse aujourd’hui – et depuis 1789 – sur la Piazza Montecitorio (X). Il l’avait installé sur le Champ de Mars, l’avait dédié au Soleil et en avait fait le bâton central (gnomon) d’un gigantesque cadran solaire.

Certains empereurs romains se sont également fait construire leurs obélisques en Egypte. C’est le cas de cinq obélisques qui ne datent pas comme les autres de l’Egypte Ancienne.

Obélisque QuirinaleObélisque EsquilinoCeux qui sont actuellement à l’Esquilin (II) et au Quirinal (VIII) ont été construits à la demande d’Auguste en granit rouge d’Assouan pour orner l’entrée de son mausolée.

Obélisque SalustianoL’obélisque de la Trinité des Monts (IX) date de la période qui a suivi Auguste, mais on ne sait pas exactement qui l’a fait construire. Ses hiéroglyphes copient ceux de l’obélisque d’Auguste situé sur la Piazza del Popolo. Il avait été installé sur la spina d’un hippodrome situé dans les jardins de Salluste (la spina est le mur situé au centre de la piste autour duquel tourne les chars). L’obélisque s’y trouvait encore gisant à terre au XVème siècle. C’est seulement en 1789 que Pie VI le fit installer à son emplacement actuel devant l’église de la Trinité des Monts.

Obélisque NavonaL’obélisque de la Piazza Navona (V) serait une commande de Domitien (fin du Ier siècle après JC). Il fut installé entre le temple d’Isis et celui de Sérapis sur le Champ de Mars. Il fut réutilisé, au début du IVème siècle, pour orner la spina du cirque de Maxence, aménagé sur la via Appia par l’empereur Maxence en l’honneur de son fils Romulus, mort en 309.

Obélisque PincioL’obélisque du Pincio (XII), lui, a été construit à la demande d’Hadrien. Les hiéroglyphes racontent la mort d’Antinoüs (en 130 après JC), son jeune amant, puis sa transformation en dieu, ainsi que la création de la ville d’Antinoupolis en Égypte, en son honneur, et l’établissement d’un culte à l’Osiris-Antinoos. Il occupe cet emplacement depuis 1822.

De nombreux obélisques ont été détruits au Moyen-âge et redécouverts à la Renaissance. Ils ont parfois été déplacés à plusieurs reprises.

Sixte Quint et les obélisques retrouvés
C’est le Pape Sixte Quint qui le premier leur a attribué une fonction dans le paysage romain. Avec l’architecte Fontana, il redessina le plan de la ville, et relia entre eux les établissements religieux. Il fit se dresser quatre obélisques retrouvés et restaurés sur les places romaines. Il leur imposa le baptême chrétien, et les décora de la croix, et ils servirent alors de points de repère pour le pèlerinage à Rome.

Obélisque VaticanEn 1586, Sixte Quint fit tout d’abord déplacer celui du Vatican devant Saint Pierre (I). C’est le seul obélisque romain qui n’ait jamais été détruit. Il se situait initialement dans le cirque de Caligula et de Néron, entre le mont Janicule et le mont Vatican, à la périphérie de Rome, le long de la Via Cornelia. C’est un obélisque qui est attribué au Roi Amenemhat II (XIX siècle avant JC) et qui pourrait provenir du Temple de Rê à Héliopolis. Cet obélisque avait été ramené par Caligula pour orner son Cirque en 37. Pline l’Ancien dans ses écrits raconte qu’il lui avait fallu faire construire un navire de mer, le Mirabilis Navis, d’une taille encore jamais vue (104 m de long) pour le ramener. Il aura fallu 37 jours, 900 hommes et 160 chevaux pour déplacer l’obélisque. Un incident aurait menacé cette opération : les cordes retenant l’obélisque avaient commencé à se distendre. Alors que le pape avait imposé un silence absolu (sous peine de mort pour celui qui désobéirait) pour que les hommes puissent entendre les commandements, le capitaine de marine Benedetto Bresca avait crié « Acqua alle funi ! » (« De l’eau aux cordes ! ») si bien que les cordes mouillées s’étaient rétrécies et avaient repris de la tension.

Obélisque LateranoSixte Quint fit ensuite ériger celui de Saint Jean de Latran (III). Il avait été retrouvé brisé en trois morceaux à 7 mètres de profondeur au Circo Massimo en 1587. Il date du XVème siècle avant JC et il est le plus grand des obélisques égyptiens connus, car il mesure avec son piédestal actuel 45,70m. Il lui manque cependant l’extrémité de sa pointe, qui avait été cassée. Auguste n’avait pas réussi à le faire transporter depuis Karnak, c’est Constantin en 337 qui l’avait fait transporter jusqu’à Thèbes, et son fils Constance II, son successeur qui l’avait fait acheminer à Rome en 357 pour prendre place au Circo Massimo à côté de l’Obélisque d’Auguste.

Obélisque FlaminioL’obélisque d’Auguste est l’un des premiers à être arrivé à Rome. Il provient du temple de Rê à Héliopolis (XIIIème siècle avant JC) et fut transporté à Rome par Auguste. Il porte des inscriptions au nom de Séthi Ier et de son fils Ramsès II. Il avait été érigé vers l’an -10 sur la spina du Circus Maximus, puis réérigé par Sixte Quint sur la Piazza del Popolo (IV) en 1589. C’était celui qui avait les plus beaux hiéroglyphes.

Sixte Quint fit également restaurer puis transporter celui qui ornait le Mausolée d’Auguste sur l’Esquilin (II) à côté de Sainte-Marie-Majeure en 1587. Il avait été retrouvé derrière l’église San Rocco quelques dizaines d’années auparavant.

Les obélisques romains baroques
L’obélisque de la Piazza Navona (V) avait été retrouvé, brisé en plusieurs morceaux. C’est sous le pontificat d’Innocent X, en 1651 qu’il fut restauré et placé par Le Bernin sur sa fontaine des Quatre-Fleuves, au centre de la Piazza Navona, ancien stade de Domitien. Il est surmonté d’une colombe, emblème des Pamphili, famille romaine dont le palais se situe sur la place et qui donna plusieurs papes, dont Innocent X.

Obélisque MinervaL’obélisque de la Piazza della Minerva (VI) : datant du VIème siècle avant JC, il était dressé devant le temple de Neith à Saïs. Il formait une paire avec son jumeau qui est aujourd’hui à Urbino, sur la Piazza del Rinascimento. Il fut ramené sous Caligula ou Domitien, on ne le sait pas précisément, et fut redécouvert en 1665, dans les jardins d’un monastère qui jouxtait l’église dominicaine de Santa Maria Sopra Minerva. Le Pape Alexandre VII décida de le déplacer devant cette église en 1667. Le Bernin dessina l’éléphant que l’on peut encore admirer aujourd’hui.

Obélisque MacuteoC’est sous Clément XI que celui du Panthéon (VII) fut placé en 1711 au-dessus de la fontaine déjà existante de Giacomo Della Porta.

On vous dit un mot des deux derniers obélisques des 13 obélisques romains anciens :

Obelisque Dogali XIIIL’obélisque de Dogali (XIII), dans le square adjacent à la Piazza della Repubblica, aurait été transporté sous Domitien et avait été découvert en 1883, sous l’église de Santa Maria Sopra Minerva. Lui aussi fut érigé par Ramsès II à Héliopolis (vers 1300 av.JC). Avec les obélisques de la Piazza della Minerva, du Panthéon, et de la Piazza Navona, il semble qu’il ait fait partie de l’entrée monumentale du temple d’Isis et Sérapis sur le Champ de Mars.

Obelisque MatteianoL’obélisque de la Villa Celimontana (XI) est un obélisque d’origine égyptienne, transporté à Rome pour y orner un des sanctuaires d’Isis. Il est aujourd’hui reconstitué. Seule sa moitié supérieure, seulement haute de 2,68 m, est d’origine. Elle porte une cartouche de Ramsès II (XIIIème siècle avant JC).

Ces obélisques antiques ont inspiré les sculpteurs modernes, puisque on compte à Rome des obélisques bien plus récents.

Obélisque Villa MediciLa Villa Medici possède dans ses jardins une copie de celui qui est parti à Florence (copie datant du XIXème siècle).

Obelisque Foro ItalicoEn 1932, fut construit celui du Foro Italico en marbre de Carrare, qui avait été dédié à Mussolini. Il porte d’ailleurs encore l’inscription « MVSSOLINI DVX » (Mussolini, le Duce).

Obélisques Via ConciliazioneLa Via della Conciliazione, dégagée en 1936-50 pour relier la Basilique Saint-Pierre au centre de la capitale, est bordée d’obélisques servant de lampadaires.

Obélisque EURL’obélisque de Marconi à l’EUR est haut de 45 m. Il fut construit pour les Jeux Olympiques de 1960. Il est en ciment armé recouvert de panneaux de marbre de Carrare.

Obélisque PalaLottomaticaDevant le PalaLottomatica se dresse depuis 2004 une sculpture d’Arnaldo Pomodoro, Obelisco Novecento, version très moderne et stylisée d’un obélisque. 

Nous passons devant eux quasiment tous les jours et nous les avions jusque là un peu négligés ! Dorénavant, nous les regarderons d’un œil nouveau !