Manifestations : le Carnaval Romain

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    LE SAVIEZ-VOUS ?

    Le nom de carnaval vient du latin carnelevare, un mot formé de carne « viande » et levare « enlever », ce qui signifie littéralement « entrée en carême ».

    LE CARNAVAL ROMAIN

    Que faut-il savoir du Carnaval Romain ?

    • Le Carnaval Romain serait hérité de l’antiquité et des Saturnales, fêtes en l’honneur de Saturne.
    • C’est cependant à la Renaissance, sous le Pape Paul II,  alors qu’il  fit installer la résidence papale au Palazzo Venezia, que le Carnaval Romain devint une fête prestigieuse et mondaine. Les gens se déguisaient avec des costumes colorés représentant des métiers ou des personnages communs (l’avocat, le mendiant, la femme du peuple,…) ou rocambolesques. Les classes sociales étaient abolies le temps des festivités, les pauvres se déguisant en riches et les riches en pauvres. Les membres du clergé participaient également aux festivités. Pendant huit jours, l’orde social et religieux était bousculé. Et défilés, chars, tournois, manèges, bals, spectacles de la Commedia dell’Arte donnaient vie aux rues principales du Centre historique.
    • Deux courses rassemblaient également les Romains :
      • La Course des Moccoletti, (moccolo signifie bougie en dialecte romain) où il s’agissait en portant soi-même une bougie, d’éteindre les bougies des autres participants
      • Le clou de la fête était la Course des Barberi, où couraient sans cavaliers des chevaux d’Afrique petits et robustes dit barberi connus pour leur force physique. Ils partaient de la Piazza del Popolo jusqu’à la Piazza Venezia, le long de la Via Lata (actuelle Via del Corso).  Les Barbareschi essayaient de les arrêter. La course était spectaculaire, riche en émotions pour les spectateurs et les participants mais elle fut arrêtée par Victor Emmanuel II en 1874 quand treize personnes furent blessées et deux tuées par les chevaux.

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    Géricault, 1818 -Départ de la Course des Barberi, tribune dela Piazza del Popolo

    • Après avoir perdu en intensité, le Carnaval Romain renaît ces dernières années grâce aux défilés en costume et aux différents événements organisés dans les différents quartiers de Rome.

    En attendant d’en savoir plus, voici quelques-uns des personnages traditionnels du Carnaval Romain que vous croiserez peut-être au détour d’une rue. Ils principalement issue de la Commedia dell’arte.

    • Tout d’abord, Meo Patacca, « er più bravo trà gli Sgherri Romaneschi », le plus valeureux des voyous romains, qui part à la guerre contre les Turcs, dans une oeuvre en vers écrite en dialecte romain au 17ème siècle par Giuseppe Berneri. Il se vengera aussi des Ottomans en attaquant avec ses comparses, le quartier juif du Ghetto à Rome. C’est un homme du peuple, indolent et querelleur. Il est inséparable de son couteau offert par sa femme Nina. Patacca fait référence à la faible solde des soldats.

    MeoPatacca

    • Don Pasquale :
      • Il est le héros d’un opéra bouffe en trois actes (musique de Gaetano Donizetti, livret de Giovanni Ruffini), joué pour la première fois en  au Théâtre italien de Paris.
      • Noble, quasi septuagénaire, il s’oppose au mariage de son seul héritier Ernesto avec Norina, qui n’a pas de fortune, et décide de se marier lui-même pour priver le jeune homme de son héritage.
      • Mais il va être manipulé par son entourage, et en particulier par son ami le Dr Docteur Malatesta, chargé de lui trouvé une épouse.
      • Tout finira heureusement bien  : la mégère faussement épousée (rôle joué par Norina) par Don Pasquale lui rend sa liberté, et Enersto peut épouser Norina.

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    Luigi Lablache dans le rôle de Don Pasquale (1843) (image wikipedia)

    Rugantino :

      • Le personnage est né en 1962, c’est le héros d’une comédie musicale crée par Garinei et Giovannini.
      • Le rôle est repris régulièrement depuis quelques années par Enrico Brignano au Teatro Sistina (jusqu’au 9 février dernier).
      • C’est un personnage romain, fanfaron, arrogant et peu enclin à travailler,  qui vit d’expédients avec sa soeur Eusebia, et de la générosité de l’ancien bourreau Mastro Titta qui tient désormais une taverne.
      • Il préfèrera s’accuser d’un meurtre qu’il n’ a pas commis pour sortir grandi aux yeux de la belle Rosetta.

    Rugantino

    Enrico Brignano au Teatro Sistina dans Rugantino

    •  Cassandrino

    Cassandrino

    • Personnage du carnaval romain, qui pourrait remonter au 16ème siècle et être originaire de Sienne. Il est souvent représenté dans le théâtre de marionnettes.
    • Brave père de famille, il est élégant dans ses manières, crédule, facilement dupé par ses filles ou ceux qui s’intéressent à ses biens, moqué en amour.
    • Il est devenu au cours des siècles le porte-parole des récriminations et des plaintes à l’encontre du pouvoir, et en particulier du pouvoir papal.
    • Sont attachées à Cassandrino les paroles «Solo Preti Qui Regneno» autre définition ironique (seuls les prêtres règnent ici) du S.P.Q.R.
    • Il est vêtu de pantalons et d’une casaque rouges, d’un gilet de satin blanc, et il porte une perruque poudrée surmontée d’un tricorne.

    D’autres personnages sont moins connus mais aussi très représentatifs des personnages de la Commedia dell’arte et du carnaval romain :

    • Le Général Mannagia La Rocca, personnage militaire fanfaron et hautain, couvert de médailles.
    • Le Pulcinella romano (Polichinelle est normalement d’origine napolitaine).

    • Dottor Gambalunga, charlatan notoire qui vend ses potions pour une jeunesse éternelle, pour trouver l’amour, ou pour faire pousser les cheveux…
    • Ghetanaccio, représenté portant un théâtre sur les épaules, risque sans arrêt la prison, en invectivant le pouvoir en place, en utilisant des marionnettes pour faire passer ses messages.
    • Les Zingaresche, qui prédisent l’avenir.

    Vous pourrez en apprendre davantage sur le Carnaval Romain grâce à une conférence programmée vendredi 28 février à 17h au Museo Etrusco della Villa Giulia sur le thème : Il Carnevale nella Roma papale tra Piazza e Palazzo par Martine Boiteux,  enseignante à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et à l’Ecole Française de Rome.

     

    Photo en tête d’article : « Carnevale a Roma », olio su tela di Johannes Lingelbach, www.it.wikipedia.org.