Tendance : parcours Street Art dans la capitale

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    Rome n’est pas réputée comme une ville avant-gardiste, et pourtant, elle a sa place parmi les villes qui permettent à l’art urbain de se développer. Artistes italiens, mais aussi artistes étrangers, sont accueillis par des municipalités d’arrondissement qui veulent faire vivre leur quartiers et apporter l’art dans la rue, en particulier en périphérie. On est loin du graffiti sauvage réalisé sur des propriétés privées dont les habitants ne sont pas consentants. On est entré dans une démarche partagée entre politiques, citoyens et artistes, motivés par la volonté de se réapproprier l’espace urbain et d’améliorer l’existant.

    C’est ainsi que des lieux souvent tristes (architectures urbaines très laides, piliers, dessous de ponts, palissades de béton, entrepôts, façades de bâtiments industriels ou à l’abandon) prennent un grand coup de couleur et de modernité et se montrent sous un nouveau jour. Ces œuvres véhiculent des messages très variés, parfois gais ou drôles, mais elles sont parfois sombres, provocantes ou inquiétantes et elles changent, en tout cas, de façon radicale la relation que l’on peut entretenir avec le lieu.

    Les techniques utilisées sont variées :  peintures aérosol, marqueurs, pochoirs, pixels graffiti, mosaïques, stickers, posters, projections vidéo ou sculptures sont quelques-unes des techniques les plus utilisées, mais il n’y a pas de limite à l’imagination des artistes de rue et on voit se développer par exemple le yarn bombing qui consiste à recouvrir de tricot ou de fils colorés le mobilier urbain.

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    Dessous de pont, via Ostiense

    Pour découvrir cet autre aspect de Rome, nous pouvons vous suggérer des balades à la découverte des « oeuvres de la rue » dans la capitale.

    OSTIENSE, GARBATELLA ET SAN PAOLO

    Ostiense est « the place » du Street Art romain, où fleurissent des « murales », tous plus originaux les uns que les autres. Il y a là une balade très sympa à faire, le nez au vent, les yeux curieux, pour chercher une nouveauté, une façade en vie, animée par un peu de couleur et d’espoir. Parfois, vous croiserez des œuvres monumentales et vous ne pourrez pas les rater !  Via Ostiense, via dei Magazzini, via delle Conce, via del Porto Fluviale, via del Gazometro et via del Commercio, vous découvrirez des façades très « habillées » , où des genres très différents se côtoient.

    L’Urban Outdoor Festival, dont s’était la 4ème édition en septembre dernier, a permis d’investir des espaces plus au sud, sur la via Ostiense vers le quartier San Paolo et plus à l’est, à Gabartella. Les artistes étaient invités à « laisser une trace et à offrir une clé de lecture différente de l’espace public ». Des grands noms du Street Art ont donc laissé leurs « traces ».  A cette occasion, Rero (artiste français) a marqué les murs du bâtiment de l’Université Roma 3 avec les mots « Supervised Independance » écrit en police verdana. Sten & Lex, précurseurs italiens du stencil graffiti (pochoir) étaient également présents. Ils utilisent la technique du pixel : ils dessinent des lignes et des points plus ou moins denses, qui se transforment en image quand on s’éloigne. Ils ont réussi cette année le pari de récolter 10 000 € grâce à une opération de crowdfunding promue dans le cadre du festival (c’est la première œuvre de Street Art financée en Italie par un collectif de particuliers). Ils ont ainsi pu réaliser un maxi mural Via Caffaro, dans le quartier de la Garbatella, en décembre dernier.

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    L’oeuvre monumentale de Sten&Lex, via Caffaro à Garbatella

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    Via Ostiense 189, près de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs

    LE M.U.Ro. AU QUADRARO

    Vous avez entendu parler du M.U.Ro. , le Museo Urbano di Roma ? C’est un musée à ciel ouvert dans le quartier du Quadraro, (quartier situé entre la via Casilina et la via Tuscolona, après la porta Furba). C’est l’autre quartier qui fait parler de lui, et commence à être connu pour ses œuvres de Street Art.

    L’initiative a été lancée par Davide Vecchiato, Diavù, de son nom d’artiste. Alors que les murs du quartier voient apparaître les premières fresques murales en décembre 2010, Diavù convainc le Municipio VI (actuel Vème arrondissement) de le suivre sur un projet de musée à ciel ouvert, grâce à une fresque murale de sa composition réalisée avec d’autres artistes. Le projet M.U.Ro. est officiellement lancé  au printemps 2012. L’an dernier, il a accueilli l’artiste américain Ron English connu notamment pour son portrait de Abraham Obama (réalisé en 2008, qui mêle les visages de Obama et Lincoln). English a dessiné au  n°89 de la via Pisoni,  à l’angle avec le largo dei Quintili son personnage de Temper Tot, un bébé Hulk assez repoussant qui représente les Etats-Unis et leur incapacité à gérer leur suprématie. D’autres fresques ont reçu un meilleur accueil de la part de la municipalité parce qu’elles représentent de façon plus facilement identifiable l’histoire du quartier. L’oeuvre de Garry Baseman raconte à sa manière la terrible journée du 17 avril 1944, date à laquelle le Quadraro fut ratissé par les nazis, qui déportèrent 900 hommes en Allemagne, dont la moitié seulement revinrent.

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    Temper Tot de Ron English, via dei Pisoni 89

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    Oeuvre de Garry Baseman, Largo dei Quintili

    Le mural de l’américain Beau Stanton sur le même thème se situe à quelques mètres de celui de Ron English (au n°69 de la via dei Pisoni) et s’intitule : Ex Morte Vita.

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    Ex Morte Vita de Beau Stanton, via dei Pisoni 69

    A ce jour, 13 murs sont investis dans le quartier du Quadraro. Pour une balade-découverte, vous trouverez ici le plan du quartier avec les murales du M.U.Ro. Vous pourrez voir les œuvres des artistes italiens et étrangers qui ont participé au projet sur le site www.muromuseum.com. Le projet ne s’arrête pas, et d’autres artistes sont attendus pour continuer à faire vivre les murs du quartier.

    L’art de la rue est éphémère, il y a fort à parier que d’une balade à l’autre, vous voyiez des choses bien différentes ! Et l’on peut s’attendre à ce que d’autres quartiers attirent les artistes en quête d’horizons nouveaux et d’autres paris urbains.

    Bonnes promenades romaines…