Les fameux sanpietrini, ces pavés emblématiques qui font vibrer – parfois douloureusement – les rues de Rome depuis des siècles, restent l’un des sujets urbains les plus caractéristiques et discutés de la capitale italienne.
Contexte historique et origine
Le pavé romain, appelé sanpietrino, ou sampietrino ou selcio (ou encore sercio en romanesco), est indissociable du paysage de Rome depuis le 16ème siècle. Il est extrait des carrières de selce, au pied des Colli Albani ou des zones volcaniques de la région de Viterbo.
Il prend le nom de Sanpietrino parce qu’il a d’abord été utilisé devant la Basilique Saint Pierre. Inventé sous le Pape Sisto V, il fut très largement diffusé sous Clement XII Corsini qui en fit couvrir les rues des 14 rioni de la Rome de l’époque ainsi que la via del Corso (autour de 1725). Il a été très populaire ensuite. De forme pyramidale tronquée, le plus commun mesure 12cm x12cm x 6cm, mais il peut être parfois plus petit comme sur la Piazza Navona : 6cm x 6cm x 6cm.
Ce que sont vraiment les sanpietrini
Aujourd’hui :
- leur entretien demande une attention constante, d’où parfois leur remplacement ou leur consolidation.
- ils couvrent encore de nombreuses rues historiques du centre-ville, particulièrement celles à faible circulation ou piétonnes ;
- ils sont reconnus pour leur durabilité, mais aussi critiqués comme glissants lorsqu’ils sont mouillés et parfois dangereux pour les motos, vélos ou même les piétons ;
Contexte politique
Lors de l’assemblée annuelle de l’Acer (Associazione Costruttori Edili di Roma e Provincia), en 2014, Ignazio Marino, alors maire de Rome, avait rappelé son intention de remplacer les sanpietrini sur les routes à fort passage, rouvrant ainsi une polémique assez classique à Rome. C’est une volonté qu’il affichait depuis le début de son mandat. Il souhaitait alors remplacer les pavés sur les routes dégradées par un asphalte très résistant.
Des maires précédents s’y sont aussi essayés, en particulier les maires de gauche, comme Walter Veltroni, qui a d’ailleurs supprimé les Sanpietrini sur certaines rues, comme la via Appia, la via Marmorata ou la via Po. Lors du mandat précédent, Alemano (de droite) s’était attiré les critiques quand il avait parlé de cimenter les pavés pour éviter que les dames n’y coincent leurs talons aiguilles. La futilité du motif de changement avait fait couler beaucoup d’encre.
Depuis le 21 octobre 2021, Roberto Gualtieri est le maire de Rome. Il a succédé à Virginia Raggi et dirige la capitale italienne dans un contexte marqué notamment par les préparatifs et les suites du Jubilé 2025 et d’importants projets urbains.
L’état actuel des pavés (2025-2026)
Dans le cadre de la préparation puis de la conclusion du Jubilé 2025, de nombreux chantiers ont été ouverts pour restaurer ou stabiliser les voiries historiques pavées de sampietrini, afin de les préserver comme élément identitaire du centre historique.
Adaptations et remplacement
Dans certains cas, notamment sur des axes très fréquentés, ces pavés ont été partiellement remplacés ou recouverts d’asphalte pour améliorer la circulation des véhicules et la sécurité des deux-roues.
Cette approche mixte vise à concilier :
- la préservation du patrimoine là où le trafic est limité ;
- l’optimisation moderne des infrastructures dans les zones à plus forte pression de circulation.
Aux abords du Colisée, des travaux d’archéologie et de réaménagement ont vu des pavés datés des années 2000 être remplacés par des dalles de travertin pour reconstituer le niveau originel du sol antique, suscitant des réactions contrastées parmi les Romains et les visiteurs.
Débats autour des sanpietrini aujourd’hui
La question des pavés ne se limite plus à une opposition binaire tradition vs. modernité : elle s’intègre désormais à une réflexion plus large sur l’attractivité touristique, la mobilité urbaine durable, et la sécurité routière.
| ✔️ Arguments en faveur des pavés : | ❌ Arguments contre ou nuancés : |
|---|---|
| identité visuelle et patrimoine culturel ; meilleure perméabilité pour l’eau de pluie ; adaptation dans les rues à faible trafic. | bruit et vibrations pour les bâtiments proches. chaussées souvent glissantes lorsqu’elles sont mouillées ; irrégularités qui peuvent poser problème aux cyclistes et scooters. |
Les sanpietrini restent un symbole fort de Rome, mêlant histoire, identité urbaine et débats contemporains. Leur gestion en 2026 est aujourd’hui pensée dans un équilibre entre conservation patrimoniale et modernisation des voiries, sous l’impulsion des politiques municipales qui tentent d’adapter la ville aux besoins actuels sans trahir son âme.
