Sanpietrini : Un sujet très romain

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    Le pavé romain, appelé Sanpietrino, ou Sampietrino ou selcio (ou encore sercio en romanesco), est indissociable du paysage de Rome depuis le 16ème siècle. Il est extrait des carrières de selce, au pied des Colli Albani ou des zones volcaniques de la région de Viterbo. Il prend le nom de Sanpietrino parce qu’il a d’abord été utilisé devant la Basilique Saint Pierre. Inventé sous le Pape Sisto V, il fut très largement diffusé sous Clement XII Corsini qui en fit couvrir les rues des 14 rioni de la Rome de l’époque ainsi que la via del Corso (autour de 1725). Il a été très populaire ensuite. De forme pyramidale tronquée, le plus commun mesure 12cm x12cm x 6 cm, mais il peut être parfois plus petit comme sur la Piazza Navona : 6cm x 6 cm x 6cm.

    Très apprécié aux siècles précédents, parce qu’il s’adaptait à des terrains irréguliers en étant simplement posés sur un lit de sable ou de pouzzolane – débris volcaniques – le revêtement en sanpietrini pose aujourd’hui un vrai problème de sécurité car les routes deviennent vite glissantes en cas de pluie et qu’il n’est pas possible de garantir un revêtement uniforme. De plus, ces pavés rendent les routes très bruyantes.

    Lors de l’assemblée annuelle de l‘Acer (Associazione Costruttori Edili Di Roma E Provincia), la semaine dernière, Ignazio Marino, maire de Rome, a de nouveau rappelé son intention de remplacer les Sanpietrini sur les routes à fort passage rouvrant donc une polémique assez classique à Rome. C’est une volonté qu’il affiche depuis le début de son mandat. Il veut remplacer les pavés sur les routes dégradées par un asphalte très résistant.

    Des maires précédents s’y sont aussi essayés, en particulier les maires de gauche, comme Walter Veltroni, qui a d’ailleurs supprimer les Sanpietrini sur certaines rues, comme la via Appia, la via Marmorata ou la via Po. Lors du mandat précédent, Alemano (de droite) s’était attiré les critiques quand il avait parlé de cimenter les pavés pour éviter que les dames n’y coincent leurs talons aiguilles. La futilité du motif de changement avait fait couler beaucoup d’encre.

    Plutôt que de mettre de l’asphalte, certains sont partisans de ne pas supprimer les Sanpietrini sur les routes romaines mais plutôt de les remplacer et d’entretenir les routes existantes. En tout cas, le sujet ne peut pas être évité, car les chaussées romaines sont dangereuses, et que les fortes pluies qui régulièrement arrosent la capitale aggravent le problème. Les « buche » (ornières) provoquent des accidents et la commune en est rendue responsable.

    Le sujet est vraiment sensible ! Les Romains sont très attachés à leurs Sanpietrini, parce qu’ils sont un symbole de la ville et de son histoire. Pour l’instant, les effets d’annonce  déchaînent les passions, et les médias s’en donnent à coeur joie pour activer la polémique…

    Les Romains ont hâte de savoir ce qui va être décidé et qui pourrait leur donner un peu d’espoir quant à l’amélioration de la qualité des chaussées romaines. Bien sûr, nous vous en dirons plus quand il y aura du nouveau !